Visite guidée
Centre d'évaluation et de traitement
de la douleur
Par Dr.
Nicole NACCACHE
"Obtenir la confiance du malade, susciter son adhésion
au traitement et en cas de succès partiel ou d'échec,
lui apprendre à vivre avec sa douleur... "
Les
centres de traitement de la douleur fonctionnent selon
un mode pluridisciplinaire, regroupant différents spécialistes
médicaux; ils substituent au traitement d'un symptôme,
la prise en charge globale et simultanée des différentes
composantes somatiques, psycho-comportementales et socio-professionnelles
qui peuvent être à l'origine de la douleur. La création
du premier centre de la douleur par un anesthésiste,
aux USA, remonte à 1961 et a fait suite à des pressions
sociales revendiquant le " droit à la santé " et le
" refus de souffrir ", (alors que la douleur avait été
pendant longtemps considérée comme un symptôme naturel
voire une fatalité). La création de tels centres a par
la suite été encouragée pour des raisons économiques,
et favorisée par les progrès scientifiques réalisés
dans les domaines de la neurophysiologie, de la pharmacologie
et des différents antalgiques disponibles.
Clinique de la douleur : pour qui ?
Les
cliniques de la douleur interviennent dans deux types
de cas : dans le cas des douleurs chroniques et dans
celui des douleurs aiguës. Les douleurs sont dites chroniques
lorsqu'elles sont invalidantes et rebelles aux antalgiques
usuels, lorsqu'elles persistent et durent depuis plus
de 3 à 6 mois, tout en s'accompagnant d'un retentissement
psychologique. A titre d'exemple, on estime en France
que 10 à 20% de la population souffre de douleurs chroniques.
Les douleurs aiguës telles que celles provoquées par
une crise d'appendicite, un infarctus du myocarde, une
hémorragie cérébrale, etc., sont prises en charge par
les services hospitaliers concernés. Seules les douleurs
aiguës post-opératoires sont généralement référées au
centre de la douleur.
Pour les douleurs chroniques, il peut s'agir de douleurs
cancéreuses, en phase terminale, de douleurs sympathiques
et vasculaires, de douleurs lombaires, de douleurs neuropathiques
(douleur fantôme, douleurs post-zona, ...), de céphalées
(migraines), de douleurs orofaciales, de douleurs ostéo-articulaires
et de douleurs psychogènes. Ces patients sont alors
adressés par leurs médecins traitants qui disposent
des éléments cliniques et paracliniques relatifs aux
cas référés. Une collaboration étroite s'établit dès
lors entre le centre de la douleur et le médecin traitant
pour le suivi du patient.
Clinique
de la douleur, quels personnels ? Quels moyens ?
Différentes
structures de travail sont imaginables pour les cliniques
de la douleur, mais une équipe de base de trois spécialistes
de disciplines différentes (anesthésistes, neurochirurgiens,
neurologues, rhumatologues, oncologues, kinésithérapeutes,
…) est généralement souhaitable dont un psychiatre ou
un psychologue. Internistes et généralistes peuvent
également y trouver leur place. Le personnel para-médical
(infirmières, assistantes sociales ou autres) fait partie
intégrante de l'équipe et est formé à l'approche du
patient, à l'évaluation de la douleur, ainsi qu'aux
différents types de traitements. Ceux-ci incluent les
traitements médicamenteux tels les pompes PCA (analgésie
contrôlée par le patient), la surveillance des patients
sous opioïdes et des traitements interventionnels tels
des réservoirs implantables de morphine, des cathéters
avec anesthésiques locaux et opiacés, etc. D'autres
moyens thérapeutiques tels la physiothérapie, la kinésithérapie,
l'acupuncture, la neurostimulation transcutanée et les
thérapies comportementales (relaxation médicale) sont
aussi possibles.
Clinique
de la douleur, quels locaux ?
Accueil,
secrétariat, bureaux de consultation, salle de soins
sont communs aux différents spécialistes. Seuls 10%
des malades référés ont besoin d'une hospitalisation
parce qu'ils nécessitent la mise en oeuvre d'une procédure
invasive diagnostique ou thérapeutique. L'unité de lieu
est essentielle, puisqu'elle favorise les échanges au
sein de l'équipe médicale grâce aux réunions pluridisciplinaires
et permet au patient d'accepter avec moins de réticence
une évaluation globale incluant un avis psychiatrique
ou une prise en charge psycho-comportementale. Une unité
mobile de soins palliatifs est généralement mise en
place pour répondre à la demande d'autres services,
ne nécessitant pas le regroupement géographique des
malades.
Le
Centre de la Douleur de l'Hôtel-Dieu : qu'en est-il
après 5 années de fonctionnement ?
Le
Centre d'évaluation et de traitement de la douleur de
l'Hôtel-Dieu a été inauguré en avril 1995, pour permettre
la prise en charge des douleurs chroniques et des douleurs
post-opératoires. Les consultations y ont lieu tous
les jours ouvrables de 8h à 16h. Trois médecins du Département
d'Anesthésie-Réanimation y sont rattachés ainsi qu'un
Psychiatre spécialiste de la douleur récemment recruté.
Les douleurs chroniques référées au Centre se répartissent
actuellement comme suit : 60% sont des douleurs cancéreuses,
30% des lombaires et seulement 10% sont des douleurs
diverses telles le syndrome de douleur régionale complexe
(CRPS) ou séquelles des traumatismes, les céphalées
et autres....
Le
Centre a aussi mis au point des protocoles d'analgésie
pour les douleurs post opératoires en particulier pour
répondre aux besoins des patients de tous les services
de chirurgie. Les résultats sont ensuite évalués sur
des échelles visuelles par un médecin anesthésiste et
un résident et analysés en vue d'améliorer les protocoles.
Le
rôle du Centre est non seulement de soulager les patients
mais, au sein d'un hôpital universitaire comme l'Hôtel-Dieu,
il consiste aussi à promouvoir la recherche ainsi que
la formation des résidents et des internes à une meilleure
compréhension de la douleur et de sa prise en charge.
Conclusion
:
Le
Centre de la Douleur de l'Hôtel-Dieu de France repose
sur une approche multidisciplinaire tant dans l'élaboration
du diagnostic que dans l'application thérapeutique.
Le recours précoce au Centre peut faciliter l'issue
favorable de certains traitements et par conséquent
diminuer les dépenses en matière de procédures diagnostiques
et de soins. Le Centre est là pour répondre aux besoins
des malades qui souffrent de douleurs chroniques ou
post-opératoires, à la demande de leurs médecins traitants
avec lesquels se développe un travail d'équipe pour
un meilleur soulagement des patients.
Dr.
Nicole NACCACHE
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