HDF en marche
Embolies, l'espoir à l'Hôtel-Dieu
de France (IIème partie)
Par Ghada ELIAS et Prof. Adj. Samy SLABA
"Citius, Altius, Fortius"
S'inspirant
de la devise des Jeux Olympiques, " Citius, Altius,
Fortius " (plus vite, plus haut, plus fort), la radiologie
interventionnelle de l'Hôtel-Dieu de France n'a de cesse
d'innover et d'optimiser ses procédures. Ainsi, un nouveau
pas vient d'être franchi à l'hôpital, dans le traitement
des sténoses carotidiennes1, le 12 mai dernier, date
correspondant aussi à la Journée Internationale des
Infirmières. Cap Santé est donc heureux de vous exposer
le cas de cette première réussite à Beyrouth.
Cas de Madame J.
Madame J. est admise à l'HDF pour traitement d'une sténose
(retrécissement) de sa carotide droite. Il s'agit d'une
femme de 65 ans, diabétique, cardiaque et ayant récupéré
d'une hémiplégie provoquée par la thrombose (occlusion)
de sa carotide gauche, l'année passée. Elle risque une
thrombose de sa seule carotide restante. L'artériographie
réalisée la veille, confirme l'existence d'un rétrécissement
de sa carotide droite à 75% et une occlusion totale
de la gauche. Ainsi, théoriquement, le cerveau ne reçoit
plus que le 1/8ème du sang nécessaire, quantité nettement
insuffisante, notamment lorsque la tension artérielle
baisse.
La
sténose carotidienne peut être traitée par la chirurgie
qui consiste en une " endarterectomie ", c'est à dire
en une incision de l'artère suivie d'une extraction
de la plaque bloquante. Cependant, cette méthode ne
peut être réalisée dans le cas de Madame J. vu son état
critique. La seconde possibilité est le traitement médical
avec administration d'anticoagulants, ce qui permettrait
d'éviter de nouvelles embolies, mais ne réglerait pas
le problème mécanique de réduction du flux sanguin dû
au retrécissement de l'artère.
Le
3ème algorithme thérapeutique est l' " Angioplastie
" qui consiste à dilater la sténose en gonflant un ballon
dans l'artère, puis en mettant un " stent " (ressort)
qui maintient la dilatation de l'artère.
La
difficulté réside dans le fait que, contrairement aux
autres vaisseaux, la manipulation de la carotide peut
avoir des conséquences graves (hémiplégie, coma, décès…
) par libération accidentelle de caillots (embols).
Ces risques ont été récemment contournés grâce à un
nouveau filtre que l'on place à l'intérieur de l'artère
de manière temporaire durant l'intervention. Ce filtre
est recouvert d'une membrane avec des trous suffisamment
larges pour maintenir la circulation sanguine, et suffisamment
petits pour retenir les fragments de plaque et les débris
migrés lors de la dilatation.
Pour
ce type d'intervention, le facteur temps est crucial.
Cela nécessite donc une équipe hautement professionnelle,
capable de décision éclairée, de gestes précis et rapides.
Dans le cas de Madame J. par exemple, à la lumière de
l'artériographie, une décision multidisciplinaire, neurochirurgicale
(Prof. Nabil Okaïs, médecin traitant), chirurgicale
vasculaire (Prof. Adj. Georges Tabet), cardiologique
(Prof. Ass. Roland Kassab et Dr Simon Abou Jaoudé) et
interventionniste (Prof. Adj. Samy Slaba et Dr Antoine
Khalil) a été prise. La patiente ainsi que sa famille
ont alors été informées qu'il était parfaitement indiqué
de procéder à un stenting carotidien sous filtre de
protection et qu'il s'agissait de la première procédure
de ce type à Beyrouth.
Au
matin, une réunion " briefing " regroupant anesthésistes,
neurologues, neurochirurgien, cardiologue, chirurgien
vasculaire, radiologues, technicien et infirmière, a
permis de détailler les étapes de la procédure afin
d'optimiser la durée et les conditions de l'intervention
(laquelle a duré moins de trente minutes). La malade
a ensuite été transférée aux soins intensifs pour 24
heures de surveillance, puis a quitté l'hôpital le surlendemain,
bien portante.
Le
Professeur Adjoint Sami Slaba nous explique l'intérêt
du filtre : " Nous réalisons des angioplasties des carotides
depuis 1998 mais à cette époque, il n'existait pas encore
de moyen efficace de protection. Statistiquement, la
morbi-mortalité avec ce filtre est ramenée de 6% à moins
de 1%. D'autres facteurs, tels que la rapidité, et la
précision des gestes sont également importants et l'on
ne saurait trop insister sur l'importance d'une équipe
homogène et bien rodée. "
Il est donc clair que l'amélioration de la technique
ne suffit pas pour entraîner sa diffusion de manière
incontrôlée. En effet, la bonne maîtrise des nouvelles
technologies, la prise en charge pluridisciplinaire
pré et post-opératoire, l'existence d'une infrastructure
adéquate et la connaissance neuroradiologique approfondie
des particularités spécifiques à la pathologie carotidienne,
sont les garants d'une procédure réalisée dans des conditions
optimales. L'Hôtel-Dieu de France est, de par sa structure
hospitalo-universitaire, une pépinière privilégiée pour
développer les techniques de pointe.
Ghada
ELIAS (infirmière)
Prof.
Adj. Samy SLABA (interventionniste)
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